14h00, un samedi en plein mois de décembre. La température frôle les – 6 °C.
Je suis debout, en face de cet homme. J’entends derrière moi dans cette grande pièce surchaufée quelques murmures, chacun essayant de rester le plus discret possible.La foule est nombreuse, assise consciencieusement sur les chaises disposées en rang serré dans la salle. Certains n’ont pu trouver de chaises et sont postés debout, aux aguets, le long des murs. Je sens les larmes prêtes à couler sur certaines joues, l’émotion est palpable.
Je reviens à la réalité, regarde cet homme qui me fait face. Il a l’air calme, sur de lui, et me souris. Je n’arrive pas à lui rendre ce sourire, j’aimerai, mais voilà, je n’y arrive pas. J’ai chaud, très chaud. Ma cravate me sert, j’ai l’impression d’étouffer. J’ai toujours su gérer mon stress, mais aujourd’hui, il me déborde.
Je sens pourtant une présence à mes côtés, une présence rassurante. Il est la, avec moi, je suis prêt. Nous sommes prêts. L’homme va parler, il se racle la gorge, le silence dans la salle devient total.

« — M. M, voulez-vous prendre M. F, est ici présent pour légitime époux ? ».

Je prends une profonde inspiration. Tant de batailles depuis des années, tant de choses se sont déroulées pour ces 4 mots si simples.
Je le regarde, il est magnifique, il me sourit, il est confiant. Depuis le temps que nous vivons ensemble, il sait tout l’amour que j’ai pour lui. Il est sur de ce dernier, comme je suis sur du sien… Je lui souris, détourne mon regard vers le Maire et réponds, de manière la plus audible qu’il soit.

« — Oui, je le veux ».

« — Et vous M. F, voulez-vous prendre M. M, est ici présent pour légitime époux ? ».

Aucune hésitation de sa part. Il me sourit et me regarde droit dans les yeux en récitant sa réponse.

« — Oui, je le veux ».

Nos familles et amis sont silencieux, quelques flashs crépitent à droite et à gauche. La tension est toujours aussi palpable, ma mère a sorti son mouchoir en papier, elle va l’utiliser, je le sais.

F. Me prend la main et ramène à la réalité. Il me regarde, on dirait un ange. Je lui souris, je peux enfin sourire. J’ai l’impression que l’on ne fait qu’un, je n’entends pas le Maire, je ne vois plus les flashs. Je me détends, le bonheur prend le pas sur le stress.
Je suis le plus heureux des hommes, main dans la main avec l’homme que j’aime. Je l’épouse.

« — En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la loi, vous, M. M, et vous, M. F, je vous déclare maintenant unis par les liens du mariage. »

F. me tend la main gauche, et doucement, je passe à son doigt son alliance. La vraie, après celles que nous nous étions offertes pour notre PACS. À mon tour, je lui donne ma main et l’observe m’habiller de ce bijou si précieux à mes yeux.

C’est fait, nous sommes mariés, pour le meilleur et pour le pire, et surtout, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Je l’enlace, je l’embrasse… La foule se lève et applaudit, le bonheur est partout.
Nous nous retournons vers eux, tous nos amis et nos familles sont là. Mon père a les larmes aux yeux, je ne l’avais jamais vu pleuré à vrai dire… ni même si heureux. Nos mères, assises côté à côte, rayonnent, tous comme son père, qui, derrière sa moustache, arbore un sourire qui en dit long sur sa joie d’assister à notre mariage.

Une musique se fait entendre au fond de la salle. Ce n’était pas celle que l’on avait choisie pour ce moment de joie. Le son est fort. Trop fort. Beaucoup trop fort. Je me réveille en sursaut. Nous sommes le dimanche 27 janvier 2013, il est 8h00 du matin et mon réveil hurle à la mort. Mon rêve vient de s’évanouir…

Je me lève, embrasse tendrement F. qui dort encore à mes côtés. Je file à la douche, m’habille chaudement. Pourtant, ce rêve il ne tient qu’à moi qu’il se réalise. À moi, et à vous. Il est 9h30, il est maintenant l’heure de rejoindre Paris et les milliers de personnes qui se batte pour que mon rêve devienne un jour réalité, pour que l’égalité soit totale.

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