5-10-15. La table de multiplication par 5. Ou comment multiplier par 5 problèmes et stress…

Le temps est nuageux et déjà la luminosité baisse à New York. Il est 16h20, j’ai 2h30 devant moi pour prendre mon second avion de la journée, vers Detroit. Autant dire que je suis large, mais dans le doute, je demande à l’hôtesse un « fast-pass » qui me permettra de passer -dans une file prioritaire à l’immigration, dans le but de de ne pas perdre trop de temps et avoir mon avion.

Je n’ose imaginer si je n’avais eu ce bout de carton orange. L’attente est insoutenable, la file pourtant réduite avance lentement… Une fois mon tour, je passe les formalités sans souci, et file récupérer ma valise pour la remettre directement sur le tapis direction Detroit, car aux USA, dans certains cas, il faut récupérer son bagage et le rebasculer soit même vers sa nouvelle direction.

J’arrive donc au guichet Air France, positionne ma valise pour une nouvelle pesée et la, problème. je vois dans les yeux de la guichetière que le code-barre de ma valise ne passe pas. Une fois. Deux fois. Elle demande à sa collègue, qui, vu ses cheveux poivre et sel, doit-être bien plus expérimentée et faire figure de chef. Le problème se confirme, on me baragouine que je ne suis pas au bon aéroport, et que mon prochain avion est à La Guardia, et non à JFK. Voilà. Je reste planté devant le guichet un peu perdu. Je ne savais même pas qu’il y avait deux aéroports à NYC. Bref, pas grave, je demande comment m’y rendre. « Faut prendre le bus » me dit-on.

Bien évidemment, comme dans tous les aéroports, il existe des bus les reliant rapidement et gratuitement. Pour la gratuité, je repasserai, on me demande 14$ pour monter à bord. Enfin, plutôt pour attendre son arrivée. Quant à la liaison, elle existe uniquement dans mes rêves. Le bus n’a rien à voir avec l’aéroport. C’est un bus. Un banal bus. L’aéroport n’est qu’un arrêt parmi d’autres. Et surtout, il n’est pas la. Alors j’attends. Un oeil sur la montre, ça devient urgent. J’attends toujours. Je vais voir la personne qui s’occupe d’encaisser la monnaie et lui explique que la, ça devient urgent, mon avion décollant dans moins d’une heure. Réponse simple, courte, et efficace « ah ben la vous l’aurez pas avec le bus… faut prendre un taxi… ».

Une fois remboursé, je file à la queue pour le taxi, mon stress étant à son paroxysme. Surprise désagréable, il y a au moins 50 personnes qui attendent un de ces putains de taxis jaunes. J’ai envie de pleurer. Vraiment… Je ne rêve que d’une chose, c’est être arrivé à destination, et je crois que je vais rester bloqué à New York, moi et mon perfect english à la française…

Par chance, une fille avec qui j’avais sympathisé dans l’avion me voit et comprend ma détresse dans mes yeux. Elle se jette dans mes bras et me glisse à l’oreille « faîtes comme si on se connait et passez devant, je ne suis pas pressée… » Je file vers le taxi et rapidement fait comprendre au chauffeur ma situation de détresse d’une simple phrase bien choisie « Save my life please, I have to be in La Guardia quickly, This is my plane ticket…« . Je lui tends mon billet d’avion, il sourit et me rassure. On y sera. Le taxi démarre, à peine 10′ de route et nous voilà en plein bouchon. Mes yeux s’humidifient… Petit à petit le trafic reprend, mon chauffeur se transforme donc en pilote. Les limitations de vitesse n’ont plus d’emprise sur lui, doubler par la droite ne pose aucun souci, ni faire des appels de phare à tout va. Je dois prendre cet avion. Et je le prendrai. Il me dépose devant la porte d’un crissement de pneu, je lui tends 50$ au lieu des 35$ affiché au compteur, et me ru dans l’aéroport. Je passe rapidement tous les contrôles, dépose ma valise et file embarquer.

J’avais 2h30 de correspondance. Cela devait être une liaison tranquille. C’était un moment de stress inoubliable. Inoubliable comme cette journée du 5 octobre 2015. Cette journée commencée à 8h30, en France. Petit retour sur la journée d’une vie.

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Nous sommes le lundi 5 octobre 2015, depuis quelques jours, je commence sérieusement à me projeter au 22 octobre, jour prévu de la naissance de mon fils, par GPA, aux États-Unis. Dernièrement, mon mari et moi avons préparé au mieux l’arrivée du petit. Sa chambre est prête et tous a été acheté / offert. Du linge à n’en plus finir, la poussette, le mobilier, etc… On est prêt. Le soir, j’ai du mal à m’endormir, mon esprit vagabondant vers ce futur pas très lointain. Ce manque de sommeil me pousse à dormir un peu plus tard que d’habitude. Vers 8h30, j’ouvre les yeux. Geek que je suis, je ne manque pas à mon habitude. Me réveiller tranquillement, au chaud sous ma couette, avec mon iPhone. Lire tranquillement les nouvelles, passer en revue mon Facebook et Twitter… J’attrape mon téléphone, lis les messages reçus, écarquille les yeux en grand. Relis le message. Écarquille encore plus grand. Relis une troisième fois… panique. Panique générale. Stacie, notre mère porteuse, avec qui on entretien des relations géniales, Stacie donc, m’annonce qu’elle a perdu les eaux il y a 30′. À l’autre bout du monde, mon fils arrive avec 2 semaines d’avance. Et nous sommes ici, en France. On ne peut pas rater ça, ce n’était pas planifié comme ça. On avait prévu un départ le jeudi, dans 3 jours… Pour arriver tôt. Pour ne rien rater. Et il arrive. Maintenant. Dans quelques heures. C’est la panique. La panique totale. La panique extrême. Il est 8h31, je saute du lit, appelle mon mari qui est déjà à son boulot. On discute, on prend des décisions. Des décisions rapides, car le temps est compté. Moi, le grand timide avec un anglais si imparfait, je partirai seul et prendrai l’avion – en repayant un billet au tarif démesuré – en début d’après-midi. Arrivée prévue à la clinique au fin fond des USA à 23h, heure locale. Très peu de chance d’arriver pour l’accouchement, mais le besoin viscéral d’être la au plus tôt. Mon mari abandonnera son travail dès le lendemain pour sauter dans l’avion.

La course poursuite commence, le stress n’a pas baissé depuis la lecture du message. Je finis de préparer ma valise, que j’avais, par chance, faites la veille. Je saute dans ma voiture direction l’appartement de mes parents. Ils prendront soin de notre chat et garderont notre voiture durant ces 7 semaines.

À peine arrivé chez eux, je transfère mes valises de ma voiture à la leur, et on part sur les chapeaux de roues vers l’aéroport Charles de Gaulle. Une fois arrivé, je passe toutes les formalités pour me poser avec une heure d’avance prêt à embarquer. Je sens terriblement la sueur. La journée s’annonce difficile.

À l’heure prévue, je rentre dans l’A380 et prends ma place. 7h30 d’avion plus tard, 3 films et aucun assoupissement, l’avion se pose à New York. Mon état de stress a quelque peu diminué, mais va très vite remonter. A peine les roues ayant touchées le tarmac, je change de carte SIM. Or, la carte que j’avais achetée spécialement pour le voyage aux USA, afin de rester au contact avec mes proches, ne fonctionne pas. Je m’énerve intérieurement et me précipite dans les couloirs de l’aéroport… Wifi inexistant. Aucun moyen de savoir où en est Stacie et l’arrivée de mon fils. Que c’est dur…

Une fois mon aventure bus / taxi terminée, et mes fesses bien calées dans le nouvel avion m’emmenant vers Detroit, je prends le temps avant le décollage de repasser sur ma carte SIM française, et d’appeler mon mari. Je ne serai pas à l’heure, j’apprends que je suis devenu père. Mes yeux deviennent humides, je suis heureux. Seul dans cet avion, loin de l’homme de ma vie, plus très loin du petit bout de chou que j’aime déjà de tout mon coeur et de la femme qui a permis ce miracle, je suis heureux.

Les autres petits tracas de la journée ne parviendront pas à m’enlever ce sourire béat et cette joie si profonde. Pas même le fait d’avoir – en 1′ de connexion internet – explosé mon forfait français et avoir été bloqué à 50€ de hors forfait par mon fournisseur. Pas même le fait, une fois arrivé à destination après avoir pris mon troisième avion et être arrivé dans l’Amérique profonde, de ne pas avoir de voiture de location comme convenu. Non, rien ne changera tout ça. j’arrive à dégoter une voiture, moyennant une somme non prévue, et je file vers la clinique ou m’attend un petit être de 3,8kg pour 57 cm.

23h, je me gare et m’annonce à l’accueil. On me fait monter au second, la porte de la maternité s’ouvre, j’aperçois Stacie dans le couloir qui m’attend. Je l’enlace longuement, sans un mot. La compréhension entre nous est totale. Puis une voix féminine derrière moi. Je me retourne, la nurse se présente, puis me présente un couffin. Me voilà face à face. Face à lui. Face à mon fils.

5-10-15. une table de multiplication, mais surtout une date à jamais gravée dans mon coeur.

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