Samedi 25 juillet 2015. Il est 5h43 du matin, au beau milieu des Alpes du Nord. Je suis en short au beau milieu de 1500 autres personnes, serrés les uns contre les autres. Ma montre GPS, chargée à bloc, a trouvé le signal. Pus qu’à attendre le signal de départ et partir pour l’objectif sportif de ma vie, finir la 6000D. 65km pour plus de 3200m de dénivelé. Rien que ça. Mais qu’est ce que je fais la, le sourire au lèvre, à attendre le top départ !

FullSizeRender-2

Aout 2014. Je viens d’avoir 39 ans il y a un mois et je suis en vacances à Chicago. Mon mari part courir sur les bords du lac Michigan. C’est rare, moi qui ne fais que très peu de sport, mais je me décide à l’accompagner. Il fait plus de 30°, le taux d’humidité approche les 90%. Il est en récup, je puise au fond de moi pour le suivre. Il sourit. Je peurs de chaleur et de fatigue. Il faut que je fasse demi-tour, je rentre à l’hôtel seul. C’est à ce moment la que je me fais doubler par deux femmes en pleine discussion, la centaine à elles-deux, elles papotent en me doublant. Je suis rouge écarlate, je relance afin de sauver les apparences. Peine perdue, je suis au fond du trou physiquement parlant. Une petite insulte en français afin de me soulager puis, je rampe jusqu’à l’hôtel et fais le point. 92,6 kg pour 1m88. Jamais de sport. Cela ne peut plus durer. Grace à ces deux dames, je me décide à me remettre au sport. À la course à pied.

Septembre 2014. Je me tiens à ma décision. Je cours 3 fois par semaine en faisant attention à mon alimentation. 6 à 8 km, entre 10 et 11 de moyenne. Mais je suis un compétiteur, alors je rêve de pouvoir faire 10km sans m’arrêter en 50′ (12 à l’heure). Alors pour ce faire, je me rapproche de Jérôme, une connaissance professionnelle, coureur d’ultra, qui me prend sous son aile. Il m’envoie des entraînements, plus structuré. Finis les footing, place aux fractionné, aux sorties longues et autres entraînement en côtes. Et surtout, après avoir perdu 12 kg, il me conseille de me prendre un objectif sportif afin de toujours avoir une raison de courir et de souffrir. Ça sera un semi-marathon en février 2015.

Février 2015. J’ai tenu bon en hiver, je me suis équipé en conséquence et j’ai toujours bravé le froid et/ou la pluie pour pratiqué ce qui est devenu mon sport. Ce 15 février, je met un dossard pour la première fois de ma vie. Ça sera le 743. Mon objectif est simple, faire mois de 1h30 au 21,1km.Un peu plus de 14 km:h de moyenne. Malheureusement, 4 jours avant la course, première blessure, petite contracture au fessier. Mais je serai sur la ligne départ. Sur la première ligne même, quand à faire ! Je pars vite, sans ressentir de douleur, jusqu’au 8eme km, je m’accroche, change inconsciemment ma foulée, et gère comme je peux les derniers kilomètres. 1h29’56 ! Objectif rempli. Cela me motive encore plus et je me projète déjà en mai pour le marathon de Sénart (77). Mais entre temps, repos et soin pour revenir plus fort.

Mars 2015. Jérôme, mon coach et ami, m’annonce qu’il part faire la 6000D fin juillet. Une semaine après avoir fêté mes 40 ans, un premier trail en montagne serait sympa. Je lui dit que je suis chaud pour le 28km. Il m’inscrit sur le 65… Le défi est lancé ! Ça sera un premier en montagne, et une première dans la difficulté et le dénivelé.

Mai 2015. Après avoir participé à trois trails en Essonne, je suis au milieu d’une foule de coureurs pour mon premier marathon, sans préparation particulière. J’ai commencé à courir il y a 9 mois, et je me fixe 3h30 comme temps. 12 à l’heure, ce que je rêvais de faire sur 10km en septembre dernier, je veux le faire sur 42.
3h26’50, je franchis la ligne d’arrivée au sprint bien que les 12 derniers kilomètres ont été très éprouvant. Encore une étape de franchie et de réussie. Mais la gestion laisse à désirer et je sais que je peux faire encore mieux. Ce ne sera que partie remise pour un futur marathon…

Juin 2015. Afin de préparer un peu la 6000D, je m’inscris avec des amis au trail de Sancerre. 35km pour 1200m de D+. Je gère très mal et finis dans le dur, me demandant plusieurs fois ce que je fais la (j’avais atterri la veille des USA et le décalage horaire ne m’a pas spécialement aidé). Un ami l’ayant déjà fait me voyait sous les 3h30, je ferai 3h32. Je pense qu’il y avait beaucoup mieux à faire pourtant…

Maintenant, place à la préparation finale pour la 6000D. L’objectif de l’année. Je découvre alors les WE chocs, concentré d’entraînements intensif sur 3 ou 4 jours. Faire des bornes et du dénivelé dans un laps de temps très court. Épuisant, mais surement payant…

25 juillet 2015. Il est 6h00 pile, on nous annonce au micro que la montée au glacier (l’attraction principale de cette course, une montée finale à 3150m) ne sera peut être pas possible du fait du mauvais temps et des orages qui ont eu lieu la nuit précédente. 6h20, le départ est donné sans que nous en sachions plus. Les 1515 coureurs sauront durant la course s’ils graviront ou pas leur Everest ce jour la…

FullSizeRender

Je pars donc sur les 65km accompagné de Jérôme, ami et coach, Marc et Laurent. Très rapidement, la montée débute et c’est partie pour 31km de montée non stop. 2500m de D+ environ. Je gère bien,, Jérôme me canalisant et m’encourageant. Coureur expérimenté d’Ultras trail, il a donc un niveau qui pourrait le faire figurer parmi les 20 premiers au classement mais il m’a promis de m’accompagner jusqu’au bout.C’est pour moi un merveilleux signe d’amitié. Et Dieu sait que j’aurai besoin de sa présence par la suite. Au 16ème kilomètre, la bonne nouvelle, nous monterons au glacier, le soleil étant de la partie !

Tout se passe plutôt bien, je suis parti tranquillement, sur un rythme lent mais c’est volontaire, n’ayant jamais couru de trail en haute montagne, et n’ayant jamais fait des efforts aussi long. 10h de course, c’est quand même physiquement éprouvant, donc je préfère ménager la monture. D’ailleurs, je traine deux ampoules, une à chaque talons, qui exploseront au 20eme kilomètre, malgré les couches de Nok que je met (pommade anti-frottement). Bref, j’arrive donc au pied du glacier, après 30km et 4h30 de montée, un peu fatigué, mais dans l’ensemble cela peut aller. Cependant, en 1,5km tout va changer. La montée finale est une torture. 500m de D+ pour 1,5km, une pente qui attendra les 49% (selon le site Strava). J’arrive au 3150m exténué, et je n’en suis qu’à la moitié de mon épreuve. J’apprendrais par la suite que j’étais 506ème au sommet.

Début de la descente, j’en profite pour soulager mes talons mais pas mes cuisses. Les descentes sont musculairement très épuisantes et traumatisantes; Je le sens bien ! L’énergie revient pourtant, la montagne est vraiment magnifique. Je suis maintenant au pied du col de l’Arpette. On m’avait dit que c’était une montée difficile, elle a été bien pire que cela. Cela sera mon chemin de croix. La descente était un leurre, je n’ai plus rien à proposer à cette montagne. Jérôme monte tranquillement mais devra bien m’attendre 5′ au sommet. Dès mon arrivée, il comprend que la fin de course sera longue et difficile. J’ai autant de moral que de ressource. Il faut m’alimenter mais aucun aliment solide ne passe. Je bois donc de la boisson énergétique fournie. Et repart poussé par Jérôme qui me motivera jusqu’au bout. Les 21 derniers kilomètres seront longs, très long. Je passe mon temps à regarder ma montre en espérant la fin. Chaque petite montée, ne serait ce que sur 15m m’épuise. Chaque descente est une torture musculaire et énergétique.

Je m’accroche à mon défi, finir cette course pour me prouver qu’à 40 ans, âge que je redoute depuis une dizaine d’année, je ne suis pas fini. Je vais le faire. Qu’importe les arrêts pour vomir, qu’importe les sensations de perte de connaissance, qu’importe les larmes de rage et de désespoir, je le ferai. Moins vite que j’aurai aimé le faire mais je le ferai.
Jérôme est d’une présence indispensable durant ces 3 heures, qui sont physiquement, les plus durs de ma vie. Et je ne le remercierai jamais assez. J’avance lentement, mais j’avance. Les kilomètres défilent, la foule des village m’encourage et me pousse. Il reste maintenant 3km sous le soleil, sur une piste cyclable. j’alterne course lente et marche à pied. Je me fais doubler à n’en plus finir mais cela n’a plus d’importance. Ils seront 120 environ a passer à mes côtés durant la descente totale, pour dire… Plus que 800m. Deux tours de piste comme me rappelle Jérôme. Ce n’est rien deux tours de piste. Alors je cours et je traverse Aimé acclamé par la foule. On ne le dira jamais assez mais la foule durant toute cette course est fabuleuse. Elle transcende, elle motive, elle relance… Alors je cours et j’essaie de sourire. On tourne a droite, a gauche. J’entends le speaker qui présente les coureurs qui arrivent. Je relance, dernière lige droite. Il y a beaucoup de monte qui applaudissent. Mon mari est la, grand sourire, et Jérôme continue de me pousser. Par des mots qui me touchent, qui me rendent fier. Pour Fabien, pour ce bébé qui arrive. Pour tous mes amis dont celui qui aurait rêvé faire cette course mais qui n’en a plus la force. Je le fais, je suis finisher. Je l’ai fait.

FullSizeRender-1

L’après course est simple, une fois la ligne franchie, mes forces m’abandonnent et je tombe dans les bras de celui qui aura été durant toute la course à mes côtés. Un pompier arrive, me fait assoir, s’assure que je vais bien. Je récupère doucement. Je reçois ma médaille, mon tee shirt de finisher, quelle grande satisfaction. Un petit tour au kiné, au podologue puis repos…

J+2. Mes courbatures me rappellent que j’ai bien parcouru 65km. Que j’ai gravi une montagne. et que j’ai réussi mon pari. J’ai vaincu la 6000D. Certes le combat a été serré, et on peut dire que je l’ai battu aux points, après décision de l’arbitre, qui a vu mon passage de la ligne comme un signe… Mais la 6000D m’a poussé dans mes retranchements. J’ai encore beaucoup de chose à apprendre et à travailler. Mais je suis fier de moi, et très heureux de ce que j’ai accompli en 10 mois d’entraînement. Et ce n’est que le début !

Ma saison sportive en quelques chiffres, du 1er septembre 2014 à fin juillet 2015 (11 mois) :

– 2.480km parcourus.
– 248h30 à courir.
– 33.000 m de D+.
– 195 entraînements.
– Plus de 250.000 kcal dépensées.
– 7 paires de chassures utilisées (dont 4 toujours utilisées).

Tags: , , ,