Ces 4 prochains jours s’annoncent importants. Compétition primordiale, fin d’un cycle de travail où les résultats et les performances sont attendus.

J’ai hésité à mettre une photo tournée vers le sport, mais aujourd’hui, je suis serein. Bien sûr, je ne suis que la main qui accompagne et guide les sportifs. Mon travail s’arrête quand ce dernier prend ses affaires, les dernières recommandations dans la tête, et part chercher sa fiche de course. À partir de là, fini le calme et la sérénité, bienvenue au stress…  je ne peux plus rien faire, plus rien changer. Et les questions affluent : mes entraînements et ma préparation porteront-ils leurs fruits ? Ais je tout bien fait ces deux derniers mois ? Sont-ils prêts ? En forme ? Vont-ils atteindre leurs rêves et faire les performances qu’ils attendent ? Je ne sers plus à rien, mon rôle s’arrête juste avant leur course. Et mon stress explose. Ce-sont ils bien échauffés, sérieusement ? N’ais-je pas oublié de donner toutes les consignes ? Les allures, la technique, la stratégie de course, toutes différentes selon chacun, selon leurs points forts et leurs points faibles. Ais-je bien calmer les plus stressés, et bouger les trop calmes ? Je ne peux plus rien changer, ils sont partis affronter leur élément aquatique. Je suis un simple spectateur, qui guidera les courses à l’aide de ma bouche et de son sifflet, simple moyen de communication entre nous. Regarder, encourager, espérer… Simple spectateur.

C’est fou comme j’aime mon métier, comme je m’attache à tous ces jeunes qui passent entre mes mains. La plupart, avant d’être dans mon groupe, n’espéraient rien de leur sport, si ce n’est jouer avec leurs amis. Maintenant, ils ont rajouté un esprit sportif à leur culture. Ils veulent réussir. Ils veulent toujours plus, et pour se faire, ils sont là chaque soir pour devenir meilleur. Et ils le deviennent. Je ne leur dis jamais à quel point – et je crois que je ne le ferai jamais – je suis tellement fier d’eux. Imaginiez vous, à 14/15/16 ans, venir 5 à 6 fois par semaine à l’entraînement, enchaîner les longueurs de bassin, faire des pompes, des abdos, des flexions et je passe sur tous les autres supplices que je peux leur faire subir. Ils ont le sourire, ils s’accrochent dans les moments difficiles, se serrent les coudes et s’encouragent. Et moi je veille, heureux.

Et tous leurs efforts doivent trouver une récompense durant les 3 jours qui arrivent, du vendredi au dimanche. 3 jours où il va falloir se lever à l’aube et se coucher tard. À moi de gérer leur fatigue, être concentré, être motivé, et savoir motiver, gérer la performance ratée ou réussie, féliciter, réconforter… Cela va être 3 jours où je serai à 100 %. Je sais que je vais finir épuisé, j’espère juste finir épuisé ET heureux. Mais avant toute chose, j’espère qu’eux trouveront ce qu’ils sont venus chercher. Ils s’entraînent dur, il faut que ça paye… Car mon métier, c’est avant tout pour eux.

Mais pour le moment, je suis calme. On est calme. Mais tout va changer.

Le calme avant la tempête…

PS : La photo a été prise le 10/02/2012 au petit matin. Un ponton surplombant les bords de Seine gelée, -8° au thermomètre. Pas un bruit, pas une vague. Calme.