Ce n’était donc pas rien. Ma mère a eu ses résultats, elle a donc bien une tumeur maligne. Le chirurgien l’opèrera dans 3 semaines environ, avec « juste » une chirurgie pour enlever la tumeur, pas le sein entier. Apparemment, ils ont décelé le cancer suffisamment tôt. Dans son malheur, elle a de la chance on pourra dire.

Son moral est bon. Excellent même je trouve. Elle a confiance en cet hôpital, car ayant déjà eu quelques problèmes de santé grave, c’était là-bas qu’elle était suivie. Le chirurgien n’a pas l’air d’être un boucher, ne pensant uniquement qu’a découper les patients… Donc c’est positif.

Pour ma part, l’avoir eu si sur d’elle au téléphone me donne bien du moral. Ma mère est une battante. Je ne l’ai jamais vu baisser les bras devant une épreuve, et celle-là, je le sais, suivra le même chemin que toutes les autres. Ce sera la guerre. Je ne suis pas fait dans le même moule. Surtout quand cela concerne mes proches. Je suis pessimiste, et ai toujours du mal à croire que tout va bien se passer… Mais je lui fais confiance. Elle sait ce qu’elle fait, son choix de suivre le chirurgien les yeux fermés me convient, vu qu’honnêtement, je ne saurai pas quoi faire. Pas d’hésitation pour elle, il faut opérer, on opère.

Derrière l’opération, elle n’aura apparemment pas de chimiothérapie. On me dit sur Twitter que c’est un bon présage. Je me dis que je ne l’ai eu que 5′ au téléphone et que peut être, elle va en avoir, mais qu’elle ne me l’a pas dit. Mon pessimisme incessant. N’empêche, ma mère sait que je suis terrorisé par sa maladie, de la voir partir, alors cela ne m’étonnerait pas qu’elle veuille me préserver…

Enfin on en est la. On sait exactement ce qu’il en est et non, ce n’était pas rien. C’est bizarre, mais depuis son appel, je me sens distant par rapport à tout ça. Je n’ai cessé de penser à ce jour, essayant de me persuader que ce ne serait rien du tout, et voilà, elle m’annonce qu’elle a bel et bien un cancer, elle parle du futur, de l’opération, avec son optimisme incessant, et moi, je tourne une page.

J’ai dû partir travailler, je me suis impliqué dans mon travail, et pendant ce temps, je n’ai pas eu une pensée pour sa maladie. On a mis un mot sur sa maladie, on a mis un traitement contre ce mot… Je recevais les notifications de tous les tweets et SMS que vous m’avez envoyés, je les lisais, répondais à certains, mais je me sentais totalement détaché de l’annonce faite il y a à peine une heure.

Vos tweets m’ont fait plaisir d’un certain côté. De voir toute cette solidarité, cette attention et cette amitié, je tenais à vous en remercier. Cependant, ne le prenez pas mal, mais j’avais l’impression de ne pas mériter tout ça. Déjà, car ce n’est pas moi qui suis touché par la maladie  et ensuite quand je lis vos messages, je me dis que vos messages de compassion sont exagérés « pour si peu ». Et c’est la qu’est le problème, maintenant qu’on a mis un mot sur le mal, et que le programme de soin a été déterminé, j’ai l’impression que c’est fini. Le mal est vaincu d’avance…

Pourtant, mon pessimiste ambiant devrait tirer la sirène d’alarme et m’avertir que non, rien n’est fini, bien au contraire ; la bataille commence, elle peut être courte comme longue, et surtout, il y a une chance que le vainqueur soit le Mal…

Voilà, je tenais à écrire mon état d’esprit, car j’ai du mal à me comprendre. Quelle attitude adoptée ?
Se détacher au maximum et ne pas y penser comme actuellement ?
Stresser à ne plus vivre en ne pensant qu’au pire ?
La solution, je le sais, serait de continuer à vivre sa vie en se disant que — de toute façon — elle est faite pour être vécue, mais sans pour autant éclipser son combat contre le Mal. Mon problème est simple, je suis bloqué sur la solution détachement du problème, et cela me tracasse… Pourquoi cette réaction ?