Quand on est petit, on veut être vétérinaire ou pompier. Et puis à l’adolescence, on se demande bien ce qu’on va faire plus tard. On nous presse de choisir une orientation scolaire, mais la plupart d’entre nous se laisse porter par le courant et se retrouve dans des orientations pas du tout adaptées à leurs compétences. Je ne parle pas d’adaptation à un futur métier vu qu’on ne sait pas ce qu’on veut…

J’ai 18 ans, j’ai une passion, mon sport. Je me sens dans mon élément quand je suis dans l’eau chlorée. Ne me demandez pas pourquoi, j’aime ça. Mais à 18 ans, on passe le bac. Vu mes capacités extrêmes de concentration et mon attitude tellement positive dans la vie scolaire, on m’a gentiment basculé vers un bac G. Toi le jeune qui me lit et qui ouvre grand les yeux en te demandant « mais qu’est ce que c’est que ce bac G ? », c’est un bac commercial (STT de nos jours si je ne me plante pas trop…). Donc voilà, je suis dans le commerce, et j’adore ça… Non, je déconne, ça m’ennuie profondément. Mais passé le bac (avec mention AB svp quand même), on me fait comprendre qu’avec « juste » un bac, on n’a rien dans la vie. Pas de métier, pas de salaire, la vie sous les ponts… Mes parents n’ayant pas prévu de me voir emménager sous un pont, même luxueux, ils se laissent convaincre que j’ai un don pour devenir commercial. Et signent pour un BTS Force de Vente.

Alors soyons très franc, je suis timide. Mais c’est maladif. Et effectivement, commercial, où je dois me mettre en avant, vendre un produit, par téléphone, ou en me rendant en rendez-vous (face à d’autres humains quoi !), ben je ne me suis pas vraiment senti à mon aise. Et le plus marrant, c’est qu’un BTS, ça dure deux ans. Deux ans à me demander tous les matins ce que je foutais là, mais vu que je n’étais pas le seul à me le demander en classe, ça me rassurait. En parallèle après les cours, bien entendu, je continuais à nager, et mes week-ends rimaient souvent avec compétitions.

Comme je suis un gentil garçon, très respectueux de mes parents, et que je ne tenais pas à ce qu’ils me mettent dehors, j’ai fini et obtenu mon BTS. Et en ce beau mois de juin, je me suis dit, et maintenant ? Je suis timide, pas arriviste pour deux sous, je déteste cette ambiance et ce métier, que vais je faire ?

Mon entraîneur d’alors me proposa de passer le BEESAN. Brevet d’Etat d’Éducateur Sportif aux Activités de la Natation. Je resterais dans ma branche, et je pourrais, comme lui, entraîner des jeunes. L’idée me plut et je repartis pour un an d’étude. Car oui, il faut bien un an pour survoler toute la partie théorique (physiologie, psychologie, bio-méca, enseignement scolaire, entraînement, secourisme, divers activités se référant à l’eau – natation sportive bien sûr mais aussi synchro, plongeon, aquagym, bébé-nageurs et plein de trucs qu’on a survolé de (très) haut etc… Mais également la partie pratique en salle ou piscine. Bref, un an d’étude pour avoir un diplôme me donnant une double casquette. Celle de maître-nageur et d’entraîneur. Le premier s’occupe principalement de la surveillance et des scolaires la journée. Le second de l’entraînement sportif en club. Deux métiers différents pour un seul diplôme…

J’ai 21 ans, durant 4 ans je joue avec la double casquette. MNS la journée et entraîneur le soir dans une autre piscine. Tout de suite, l’entraînement m’attire. Je ne voue mes journées qu’à préparer mon entraînement du soir. J’attends le moment de l’entraînement avec impatience. Au bout de 4 ans, mon choix est fait, je gagnerai beaucoup moins, mais je me consacrerai à 100% au métier que j’ai choisi, un métier qui me passionne, auquel je donne beaucoup de temps et d’investissement, mais qui me le rend au centuple…

Depuis j’ai fait du chemin, 16 ans que j’entraîne dont 12 à temps complet. Entraîneur professionnel, à la Philippe Lucas (le fameux coach de Laure Manaudou à la grande époque de son titre olympique). Bien sûr je n’ai pas ses résultats, mais je ne subis pas non plus la même pression, et je suis très heureux de ce que je fais. Les jeunes dont je m’occupe ont entre 13 et 17 ans pour la plupart. Un âge difficile, complexe. Un peu plus de piment dans la gestion du nageur.

Fin juillet, j’ai suivi mes nageurs qualifiés au championnat de France Minimes à Amiens. Nous n’avions pas de grand objectif, si ce n’est comme toujours de nous faire plaisir et de n’avoir aucun regret à la suite de l’épreuve. Mettre en application tous le travail réalisé durant les 5 ou 6 entraînements hebdomadaires, et ce durant les 47 semaines de l’année sportive. Mettre également en application la tactique de course mise au point en partenariat entre l’entraîneur que je suis, et le nageur (oui, je mets toujours le nageur en responsabilité face à sa course, quelque soit l’événement). 
Pas de grand objectif donc, et pourtant, de somptueux résultats, à notre niveau de petit club familial.

Ce billet je l’ai appelé Émotions, car je vous assure que mon métier, je ne le changerais pour rien au monde, rien que pour ces quelques secondes vécues et partagées. Ce samedi 21 juillet, vers 11h00. C’est le moment où je retrouve mon nageur qui vient de réaliser les séries du 100 brasse, son épreuve de prédilection où il était engagé avec le 20eme temps. C’est le moment où, devant les autres nageurs du groupe, je lui annonce que oui, il l’a fait, on l’a fait, il est qualifié pour la finale A. Il fait parti des meilleurs français, 4eme plus exactement. C’est le moment où des larmes de joie envahissent ses yeux, le moment où son menton se met à trembler, et où il se jette en larmes dans mes bras. C’est le moment où moi aussi j’ai les yeux humides, où je le sers aussi fort qu’il m’étreint, sous les applaudissements des autres nageurs du groupe, tout aussi émus et joyeux…

Bref, je fais le métier de mes rêves, le métier passion par excellence… Juste pour vivre ce genre de moment là.

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