(Diaporama photo sous le texte)

Je l’avoue, ce dimanche 13 janvier, je me suis protégé. Je ne me suis pas barricadé chez moi, ça non il en était hors de question. Je suis même allé faire un tour sur Paris ce jour la, non pas pour affronter la horde d’homophobes, mais juste pour aller prendre des photos.
Chacun se protège comme il peut me direz vous. Certains gardent la maxime en tête « la meilleure défense c’est l’attaque », d’autres, telles des autruches, s’enterrent la tête sous le sable, pour ne rien voir, rien n’entendre…
Pour ma part, je m’arme de mon appareil photo, et je parcours calmement les rues et les chemins, la tête vidée, apaisée. Mes sens aux aguets, je découvre la ville, la nature. J’observe calmement, un pas après l’autre, une pause après l’autre. Je capture le beau, du moins j’essaye. Quoi qu’il en soit, je n’en perds pas une miette, calmement, posément.

Ce mercredi matin, je me lève triste, sans aucune raison particulière. Juste un jour sans, un jour comme il en arrive parfois. J’ouvre les volets de la chambre, je plisse les yeux, le soleil se reflète sur le manteau neigeux laissé dans la nuit. Une bonne couche de neige, 5 cm au bas mot. Les arbres en sont recouverts, c’est beau… Je sais qu’il faudrait que je saute dons mon jean, que je m’habille chaudement, que je vérifie batteries et carte mémoire de l’appareil photo, et que je sorte en courant voler ces instants magiques. Mais voilà, je n’ai pas envie. Je descends les escaliers, me sers un verre de jus d’orange, m’installe à la table du salon, ouvre mon ordinateur et twitter. Comme tous les matins. Sage et ordonné… mais aujourd’hui, je suis préoccupé. Je vis dans un monde ou des gens me haïssent sans me connaitre. Cela m’attriste, cela m’énerve.

Un coup d’œil par la fenêtre de la cuisine, tout ce blanc… je me dis que si je ne sors pas, je vais le regretter, et surtout, que je n’ai rien à faire avant de partir travailler ce midi, ci ce n’est rabâcher tous ces maux dans ma tête… Alors, lentement, comme un condamné que l’on conduit à son échafaud, je m’habille, je cherche mes gants, ma parka et ma chapka. Paré pour aller affronter l’hiver le plus hostile, ce monde…

Le froid me transit directement. Une vague idée de rentrer me coller près du poêle me traverse l’esprit. Mais je suis fort… et la place est déjà prise par le chat ! Je me dirige donc lentement et prudemment vers les bords de Seine.

Les premiers pas qui crissent dans la neige me font sourire intérieurement. Couplés au froid qui rosit mes joues, je suis irrémédiablement à la montagne. Cette année, nous n’irons pas skier ou faire de la raquette. Alors ce crissement et cette sensation de froid si familier m’y transportent. Mes sens sont en éveil. Et particulièrement un. Je regarde à gauche, à droite, rien ne m’échappe. La neige est partout, et je trouve ce blanc magique. Je ne suis déjà plus là, je ne suis plus avec vous. Je ne pense à rien d’autre qu’à la beauté du moment. La haine que j’imaginais autour de moi n’existent plus, la méchanceté et la bêtise du 13 janvier non plus. Je suis bien, il ne me faut pas grand-chose. Seul avec mon appareil, arpentent le village… je suis vraiment bien.

Je marche tranquillement vers la Seine. La route descend de manière abrupte, j’aperçois déjà l’eau calme du fleuve. La saleuse est passée et je marche sur du bitume. La neige n’a pas résisté à la morsure du sable. Sur ma droite, un petit chemin part dans la forêt. Une grille m’a toujours empêché d’aller y jeter un coup d’œil. La voie ferrée n’étant pas loin, la SNCF a privatisé ce chemin de balade, et en a fermé l’entrée. Autrefois appelé « le chemin des amoureux », je regarde à travers ce lourd grillage les arbres recouverts d’or blanc.

Et puis pourquoi pas ? Une main sur la poignée, la chance est avec moi. Le portail s’ouvre, tout est immaculé. Blanc. Magique. Je me lance, les yeux émerveillés. Pas une trace, je regarde mes pieds s’enfoncer dans la neige. Je retourne à l’enfance, quand je courais dans la cour de récréation avec mes amis, à jouer à lancer des boules de neige boueuse…

Je ne vois que des images à retenir, plus belles les unes que les autres. Je crains de ne pas arriver à donner le même rendu que mes yeux voient, je ne le saurai qu’une fois la carte mémoire vidée dans l’ordinateur. Photo après photo, j’avance lentement. Je crains de tomber nez à nez avec un agent SNCF à mon retour, mais je me dis qu’un simple photographe ne peut pas faire de mal. Je crains aussi qu’il ne referme à clé le portail derrière moi, juste parce que le monde est con. Cela sera ma seule pensée négative de la matinée, le ciel bleu, le soleil et la neige me transporte de nouveau loin de tout ça.

Le chemin n’est pas long, je fais demi-tour, retourne vers le portail. Celui-ci est toujours ouvert, je suis resté plus d’une demi-heure pour parcourir 500m. Il n’y a pas un bruit, si ce ne sont les oiseaux qui m’accompagnent de leurs regards et de leurs chants. De retour sur le bitume maussade, je reprends ma route vers la Seine…

Petit à petit,

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