Il y  a certains monuments que j’admire plus que d’autres. La Tour Eiffel en est un. J’ai des souvenirs très agréables de sortie avec ma mère à Paris. Elles étaient rares et pourtant nous habitions la banlieue. Aller sur Paris, c’était jour de fête. Nous allions nous balader tous les deux, laissant mon père devant la télévision pour un match de rugby. Le plus souvent, nous allions à Montmartre, quartier d’enfance de ma mère et quartier assez proche de notre lieu d’habitation. Elle me montrait tel un guide toutes les petites ruelles et les impasses, en y associant ses anecdotes et souvenirs de son enfance. Je me souviens encore des pauses à la terrasse de troquets parisien ou elle prenait son demi et m’offrait un coca, le tout sous le soleil estival. J’étais adolescent, je soufflais et grognais. Marcher avec sa mère, c’est nul. Si en plus elle n’arrête pas de jacasser pour raconter des choses que l’on estime futiles, c’est l’horreur. Bien sur, l’adolescent que j’étais jouait son rebelle, mais au fond de moi j’aimais ça. Bien plus que ça, j’adorais ces moments et j’adorais ses petites histoires.

Des fois, beaucoup plus rarement, nous allions voir la Tour Eiffel. La Dame de Fer. 324 mètres de haut, 10 100 tonnes… Je n’arrive toujours pas à réaliser tout ce qu’il a fallu mettre en place pour construire un tel monument, monument qui devait initialement être détruit un an seulement après sa construction (pour l’exposition universelle de 1889). Un jour, un ami m’a dit « la Tour Eiffel c’est nul, c’est qu’un tas de ferraille »… J’ai cru rêver. L’insouciant ! Il aurait pu rajouter que les pyramides d’Égypte ne sont que des amas de cailloux pendant qu’il y était. Non mais franchement, il y a des claques qui se perdent !

Bref, passons et revenons aux souvenirs que j’en garde. Les premiers, je ne devais pas avoir plus de 10 ans. Je me souviens de ma mère me suppliant de l’attendre alors que l’on avait pris les escaliers, tarif des ascenseurs oblige. Moi, j’étais devant et je montais les marches deux par deux (je vous vois venir : non je ne pourrais pas le refaire maintenant, même une à une j’aurais du mal !), à doubler les Japonais et autres visiteurs étrangers qui s’arrêtaient à chaque marche pour faire la photographie. Les marches et les étages se suivaient pour finir au sommet de la tour, avec une vue magique. Une vue sur le tout Paris et sa banlieue… et ce, à 360°. Ma mère à mes côtés, essoufflée, qui me montre du doigt tous les monuments. Moi, qui compte les piscines que l’on aperçoit sur les toits et qui me dit qu’être riche, c’est un beau métier… Chacun ses priorités selon son âge !

Retourner à Paris, avec mon appareil, c’est faire un tour dans le passé. Les Champs-Élysées, ce sont mes sorties pour aller au Virgin acheter des CD car au moins ici on trouvait tout. Le 13e arrondissement, c’était les sorties pièces détachées pour mon ordinateur. Et le Trocadéro et la Tour Eiffel c’était les sorties avec ma mère !

Ces dernières me manquent, la nostalgie me gagne souvent. Quelquefois, sur ma route de campagne à plus de 40km de Paris, j’aperçois le phare de la Tour Eiffel transpercer la nuit de gauche à droite. Je suis seul dans ma voiture, et mes souvenirs remontent. Ma mère, la place du Tertre, les sourires, la pause café, ses histoires… Tout ça me manque. Il faut absolument que je l’appelle pour qu’on se refasse, 20 ans plus tard, une « sortie Paris ». Comme avant…