J’ai mis longtemps à m’assumer. J’ai vécu dans l’ombre de ma sexualité du début de mon adolescence à mes trente ans. Dix huit ans environ a passer par beaucoup de stades.

Le premier a été le refus. Non je ne suis pas gay. Non je ne suis pas différent. Non je ne suis pas le monstre dont parlent les gens autour de moi, un pervers, une folle, une tantouze, un sale pédé. Non. Je suis comme vous, et je vous le prouve. Je parle de filles. Je m’invente des copines, toutes plus belles et plus gentilles les unes que les autres. Plus je m’éloigne de la puberté, plus je prends conscience que je suis différent, mais je ne l’accepte pas. Je ne veux pas l’être. Non ! Je ne veux pas être montré du doigt, insulté et maltraité. Mieux vivre dans l’ombre de qui je suis. Aux mecs du lycée, ma copine fait partie de mon club de sport. Aux sportifs elle est au lycée… À en devenir mythomane. Vous ne la verrez jamais, de toute façon elle n’existe pas. Je n’ai aucun contact avec d’autres gays, je n’en connais aucun d’ailleurs. Pas de dérapages, ne surtout pas être pris « en faute ».

Début de l’âge adulte, fini le lycée, place au monde du travail. Je suis gay, je le sais. Je l’accepte de plus en plus, mais que c’est difficile. L’ombre est toujours la, je vis sans cesse loin de la lumière. Toujours ce refus d’être celui que je suis devant mes amis. Cela a duré longtemps, très longtemps, jusqu’à ce que je tombe amoureux. Mon premier amour, le seul. L’unique. Le vrai. Il m’aura cependant fallu un an après notre rencontre, pour me convaincre de cet amour et encore facilement quatre années à être à l’aise avec ce que je suis. Un homme normal, amoureux d’un autre homme normal.
Jusqu’à mes trente ans, il n’était cependant pas question de nous afficher publiquement. En privé, j’étais à l’aise dans ma tête, mais pas au point de penser être à l’aise dans la tête des autres. Alors souvent le mot « copine » remplace celui de « copain ». Le féminin rempli les phrases quand les pronoms impersonnels ne peuvent s’employer…

Cela fait maintenant quelques années que tout cela est derrière moi. Je vis avec lui, tout le monde le sait. À mon boulot, nous sommes un couple parfait au yeux de tous. Fidèles, amoureux et nous entendant à merveille. Beaucoup d’hétéros ne peuvent en dire autant autour de nous. Les jeunes avec qui je travaille nous prennent comme modèle, c’est une belle victoire. Et surtout, ces derniers n’ont pas peur d’être ce qu’ils sont. Qu’ils préfèrent les filles ou les garçons, ils sont assez à l’aise avec ça. Ils en parlent, se recherchent et se trouveront. Et le tout avec le respect des autres de leurs camarades. Aucune moquerie, aucune peur, aucune crainte. L’adulte que je suis le prouve que nous sommes tous égaux, quelque soit notre attirance sexuelle.
Et ça, c’est ma plus belle victoire à ce jour…

Maintenant que je me sens absolument semblable à vous, amis hétéros, et que c’est réciproque pour une grandes majorité d’entre vous j’aimerai que la loi française, enfin, rejoigne cette majorité.

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