Le temps passe. Quand on est enfant, on s’attache à des petits détails de la vie, à ces petits soucis qu’on doit impérativement confier à quelqu’un. Quelqu’un de sûr, qui ne trahira jamais nos secrets. Les adultes trouvent souvent ces petites choses insignifiantes alors vers qui se tourner pour crier tous ces malheurs ? Pour certains, c’est un animal de compagnie qui accompagne pas à pas le difficile passage de l’enfance vers l’adolescence et pour d’autres, c’est un doudou. Un simple morceau d’étoffe bien doux, ou bien une peluche, c’est selon…

Je vais vous conter deux histoires. Deux histoires de doudous, deux histoires de peluches. Ces histoires sont vraies, mais romancées. Ces histoires font parties de moi.

 *  Nous sommes en 1967, Pierre va fêter ces 5 ans et commence à déballer son premier cadeau, un magnifique ours en peluche. Il n’est pas très grand, 20 cm tout au plus, mais pour un enfant de 5 ans, il est juste ce qu’il faut pour le serrer dans ses bras et l’aimer de tout son cœur. Son ours en peluche va le suivre durant beaucoup d’années. Il restera fidèle à son poste, toujours à ses côtés. Dans son sac de cours ou sur son bureau pendant que Pierre fait ses devoirs, l’ours est là. À surveiller les exercices d’addition, qui se transformeront petit en petit en théorème de Pythagore, puis en vectorisation d’une fonction…

À 17 ans, Pierre tombe amoureux. Très vite, le petit couple d’adolescents devient un couple de jeunes adultes, puis un couple de parents heureux. Nous sommes en hiver 1985, Pierre et Christelle donnent naissance à Mickaël, un beau garçon.

5 ans plus tard, toute la famille est réunie pour l’anniversaire de Mickaël. Grands-parents, parents et amis sont présents. Tout le monde est joyeux et Mickaël déballe son premier cadeau : un vieil ours en peluche de 20cm le contemple de ses deux grands yeux noirs. Il est un peu élimé, et semble un peu fatigué aussi, mais ces deux grands yeux remplis d’amour rendent Mickaël le plus heureux des enfants. L’amour d’un père pour son fils transmis le plus simplement possible. Par un don d’une partie de soi, d’un ours qui a entendu beaucoup d’histoire et de secrets, et qui allait en entendre encore beaucoup.

Mickaël est maintenant un homme. L’ours en peluche est vieux et abimé, mais garde bon pied bon œil. Le temps qui passe lui a apporté son lot de cicatrices, mais il reste fort dans l’adversité. J’ai pris une photo de lui il y a quelques jours. Je vous le présente donc et en profite pour le remercier d’avoir pris soin de Mickaël pendant tout ce temps. Il n’a pourtant pas fini sa mission et ne la finira – je pense – jamais. Le doudou transmis d’un père à son fils trône toujours fidèlement sur la table de nuit et accompagne les nuits de celui qui le chérit tant. Il n’est pas seul cependant à veiller, car à ses côtés se trouve deux autres doudous : un offert par la mère de Mickaël pour sa naissance et un autre offert par son conjoint, car « jamais deux doudous sans trois »…

Le temps passe… L’horloge tourne, et pourtant les doudous restent.

* La deuxième histoire débute en 1973 de la même manière et comme bon nombre d’histoire de doudous. Isabelle voit le jour et reçoit en cadeau de sa mère une belle peluche orange. C’était l’époque des couleurs flashy et ce beau petit chien était à la mode ! Deux ans plus tard, en plein été, Isabelle apprend qu’elle vient d’avoir un petit cousin et toute la famille se rend à la capitale voir le petit dernier, Kevin. Isabelle du haut de ses deux ans est frappée par la couleur des cheveux du nourrisson. Ils sont roux comme de l’ambre. Roux comme son doudou. Quoi de plus naturel que de donner sa belle peluche à son petit cousin. Ce dernier, en raison de son âge, ne s’en rend pas compte, mais c’est la plus elle preuve d’amour qu’une enfant de deux ans pouvait faire.

35 ans plus tard, Kevin apprend qu’Isabelle va avoir son premier enfant, et qu’il allait en devenir le parrain. Comme tous les parrains, il s’empresse de rechercher de beaux cadeaux à acheter pour gâter son filleul dès sa première visite. Il arrive donc avec un doudou tout neuf, acheté en double exemplaire au cas où, car la perte d’un doudou est toujours quelque chose d’impossible à remplacer pour des parents. Vous l’aurez bien évidemment compris, Kevin a également offert à son filleul le doudou qu’il tenait d’Isabelle, car il l’avait gardé précieusement durant ces longues années. Toutes les peluches avaient fini dans des cartons, pour d’autres enfants ayant eu moins de chance que lui, mais jamais ce petit chien orange. Lui, c’était spécial. Lui, c’était le doudou, pas une vulgaire peluche. Lui, il venait d’Isabelle, et Kevin avait petit à petit réalisé tout l’amour qu’une enfant de deux ans avait mis à l’intérieur. Il a donc rajouté à son tour le plus d’amour possible dans cet ours, et l’a offert à son filleul. J’imagine que ce dernier le gardera très longtemps, puis rajoutera énormément d’amour avant de l’offrir à son tour à son premier enfant. En tout cas, je le lui souhaite de tout mon cœur.

 

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