Certains diront que je rabâche toujours la même chose. Toujours le même thème, porté par mon émotion et ma sensibilité. C’est vrai. C’est entièrement vrai. Je tourne en rond. Je lis les nouvelles du jour et je tourne en rond. Mon cœur se serre, mon cœur s’effrite. Nous sommes le samedi 17 novembre 2012, journée nationale des manifestations anti mariage pour tous, et cet après midi, en plus de tourner en rond, je fais un retour dans le passé.

Mon passé. Celui où j’avais honte d’être différent de la majorité, où j’avais honte d’être gay. J’avais honte d’être attiré par un garçon quand tous mes amis étaient attirés par une fille. Ce passé où j’avais honte d’être français et où je rêvais de vivre dans un monde paradisiaque, où chacun serait accepté comme il est et pour ce qu’il est.

Nous sommes samedi 17 novembre, journée nationale des manifestations anti mariage pour tous. Il y a donc des milliers de gens dehors, dans la rue, à manifester contre l’égalité de chacun à aimer son conjoint ou sa conjointe. C’est fou. En 2012. Je prends une claque. Une dizaine de claques. Je surfe de sites en sites, je lis les dépêches et les différents tweets publiés, les mots me déchirent. Je vois de la méchanceté, de la bêtise, de la haine.

Sur Twitter pourtant, quelqu’un me dit qu’il n’y a aucune haine, et que la manifestation se déroule dans la joie. Manifester contre l’égalité de tous peut se faire dans la joie alors…

Je continue mes lectures, les slogans sur les photos, les gros titres. On en revient toujours au même, une famille c’est un papa et une maman… Les gays ne sont pas et ne seront jamais une famille. Les anormaux (oui je l’ai lu) ne doivent pas se marier. Jamais. Le mariage est une tradition de plus de 2000 ans, et il ne faut surtout pas toucher aux traditions, surtout pour le plaisir d’un lobby de quelques anormaux…

J’ai mal. En mon fort intérieur j’ai mal. Ma tête tourne sous l’émotion, je sors prendre l’air, faire du bois pour le poêle et passer l’hiver au chaud, planter des bulbes dans le jardin en me disant que quand ils écloront, on aura le droit de se marier… ou pas.
Quand j’étais adolescent, je ne supportais pas qu’on me catalogue de monstre, et c’est bien normal. Depuis j’ai fais du chemin, j’ai gravi des collines, soulevé des montagnes et je me suis affirmé, et enfin accepté.

On changera difficilement une personne d’un certain âge. Généralement, elle a ses convictions et ne remettra rien en cause. L’ordre est établi, il doit rester ainsi. Mais les jeunes ? Ceux de ma génération et ceux plus jeunes encore ? Qu’est ce qui peut vous résoudre à ne pas souhaiter l’égalité de tous ? Je pensais que tout changeait, que l’homosexualité n’était plus vue comme une maladie ou une tare. Je pensais que la part des choses se faisait mais apparemment pour beaucoup de manifestants, être homosexuel, c’est comme être pédophile, zoophile, nécrophile ou je ne sais quoi…
Oui certains évoluent. Et heureusement. Mais beaucoup restent figés. Et malheureusement, ce sont eux que l’on entend, ce sont eux que l’on voit, ce sont eux que l’on lit, ce sont eux qui s’expriment dans la presse…

En ce samedi 17 novembre, à voir le nombre de personnes dans la rue, j’ai pris une claque. Je suis redevenu ce petit mec de 16 ans qui a peur du regard des autres et de son avenir… Je ne veux plus revivre ça. Je ne veux plus avoir peur.

Je me fais offense et je me persuade que l’opinion publique a toujours évolué et continuera à évoluer dans le bon sens. Les mentalités évoluent. La peine de mort a été abolie, l’homosexualité n’est plus considéré comme une maladie, les noirs ont eu le droit de prendre le même bus que les blancs, et sont depuis bien longtemps leur égaux dans la société. Les femmes ont réussi à glisser leurs bulletins de vote dans les urnes et à interrompre leur grossesse selon leur volonté… Les « traditions » évoluent et c’est normal. Le soleil continuera à se lever, et rayonnera encore plus fort. Le monde continuera à avancer, évoluer et s’améliorer.

On se mariera, pour nous, pour les générations futures. Et on sera heureux. Malgré tout…